Protection des sources des journalistes (CEDH), Disparitions (CICR) et Egalité Hommes/Femmes

par Sylvia Preuss-Laussinotte

I – CEDH : PROTECTION DES SOURCES DES JOURNALISTES (art. 10 et 8)

Le 25 février 2003, la Cour européenne a rendu à l’unanimité un arrêt de Chambre confirmant sa position très ferme en matière de protection des sources des journalistes (art. 10). Elle a également statué sur la protection des locaux professionnels, en l’occurrence d’un cabinet d’avocat. La Cour confirme là aussi à l’unanimité sa jurisprudence étendant la protection de l’’article 8 de la CEDH aux locaux professionnels (la perquisition a constitué une ingérence dans le droit à la vie privée de la requérante, avocate du journaliste).

Les faits étaient les suivants : en 1998, le quotidien luxembourgeois « Lëtzëbuerger Journal » a publié un article du requérant intitulé « le ministre W. convaincu de fraude fiscale » où il était notamment précisé que ce ministre avait fait l’objet d’une amende pour fraude fiscale, et qui concluait que pareille attitude était d’autant plus honteuse qu’elle émanait d’une personnalité devant servir d’exemple. Ces faits furent aussi relatés dans d’autres journaux. Le ministre introduisit une plainte pénale. Une information fut ouverte pour recel de violation du secret professionnel visant le requérant (délit inspiré par l’infraction créée par la Cour de Cassation) et violation du secret professionnel concernant inconnu. Le
journaliste refusant de révéler ses sources, une perquisition fut ordonnée à son domicile, sur son lieu de travail et au cabinet de son avocate, où l’on saisit le courrier d’un haut fonctionnaire en relation avec l’affaire (Aff. Roemen et Schmit c. Luxembourg, requête no 51772/99).

http://hudoc.echr.coe.int/hudoc/ViewRoot.asp?Item=5&Action=Html&X=226193602&Notice=0&Noticemode=&RelatedMode=1

II – – DISPARITIONS

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) vient de lancer le projet « The Missing » (les personnes portées disparues), au moment où le Groupe de travail sur les disparitions de l’ONU rédige un projet de convention destiné à mettre en œuvre la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée par l’Assemblée générale dans sa résolution 47/133 du 18 décembre 1992.Il s’agit d’une action destinée à résoudre le problème des personnes portées disparues dans le cadre d’un conflit armé ou d’une situation de violence interne et à venir en aide à leurs familles. Une conférence internationale d’experts gouvernementaux et non gouvernementaux s’est tenue du 19 au 21 février 2003 à Genève. L’ensemble des interventions est disponible à l’adresse suivante :
http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/themissing

III – – EGALITE FEMMES/HOMMES

Nous reproduisons la déclaration du 21 janvier 2003 (en anglais) d’’Anna KARAMANOU, présidente de la Commission des droits de la femme et de l’égalité des chances, à propos de la situation très particulière du Mont Athos (Grèce, occupé par des monastères) où la présence des femmes est interdite depuis 1045. Cette déclaration commente un passage du rapport du Parlement européen sur la situation des droits fondamentaux en Europe, concernant le souhait du Parlement de voir modifier cette situation discriminatoire, texte qui n’a été voté qu’à 274 voix contre 269. Anna Karamanou, elle-même grecque, déçue par cette faible majorité, notamment du petit nombre de votes favorables des parlementaires grecs (3 sur 25 !), prend ici position sur l’une des questions les plus actuelles et les plus difficiles : « Le respect pour la tradition ne doit pas être utilisé comme un alibi pour restreindre les droits humains et imposer des discriminations fondées sur le sexe » (§ 4).

Déclaration du 21 janvier 2003 :

“With regard to the adoption by the European Parliament, last week in Strasbourg, of the Swiebel Report on the Human Rights situation in the European Union, which makes reference to the lifting of the ban on women entering Mount Athos in Greece (a geographical area of 400 km2, where women’s access is prohibited in accordance with a decision taken in 1045 by monks living in the twenty monasteries of the area), I wish to make the following statement:

1. The report is of considerable significance, because it presents the situation of human rights in the European Union and calls all European countries –with specific references- for omissions and violations of human rights. The adoption of the Report, even with a slight majority (274 in favor, 269 against) is of great importance. Among the 25 Greek MEPs only three have voted in favor: Anna Karamanou (PES), Michalis Papayiannakis and Dimitris Koulourianos (GUE).

2. This resolution of the European Parliament is not binding, but of a consultative nature. Nevertheless, it reflects the views, the position of a European democratic institution that represents European citizens and carries prestige and credibility.

3. The paragraph that refers to Mount Athos was adopted with 277 votes in favour and 255 against. On previous occasions, I have advocated the lifting of the ban, which has been decided by Athos monks and denies access to women. This decision was taken a thousand years ago, during the dark Medieval Ages in Europe and reflects the social conditions of that era, when women did not have access neither to education, nor to the arts and public life. Today, gender equality and women´s rights have been universally accepted and recognized. Therefore, this decision can no longer be legitimate, since it clashes not only with the currently prevailing perception of human and women’s rights, but also with Christian religion and faith itself. It is important to remember the amazing Christian message that condemns all discrimination on the basis of national or social origin as well as gender: «There can be neither Jew nor Greek, neither slave nor free, neither male nor female». I wonder, on which Gospel, on which dogma is this decision based, banning half of the human species from Mount Athos?

4. The above mentioned European Parliament resolution can form the basis for an open, dispassionate, public dialogue. In democratic societies there can be no taboos. Respect for tradition cannot be used as an alibi for restraining human rights and imposing discriminations based on gender. Mount Athos monks should reconsider this decision which attributes to one of the sexes a privilege denied to the other, actually treating the latter (their own mothers) as children of a lesser God. No tradition, no custom can rise above respect for human rights and human dignity.

5. It is hereby worth noting that the European Union has been generously financing the Monastic region of Mount Athos for restoring and renovating monasteries and preserving cultural treasures which belong to both, men and women. It goes without saying that women tax payers in Europe have also contributed to these funds. The European Union has recognized the autonomous and self-governing status of Mount Athos. This reality does not contradict human rights and, of course, does not dictate any discrimination based on gender.

Pour plus d’informations : http://www.karamanou.gr”

Pour citer :

Sylvia Preuss-Laussinotte, « Protection des sources des journalistes (CEDH), Disparitions (CICR) et Egalité Hommes/Femmes », in Lettre « Actualités Droits-Libertés » du CREDOF, 27 février 2003.

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